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LES INDISCRETS

sculpture-objet, publication et intervention artistique
toile de tente Quechua, fauteuils
210 x 210 x 80 cm

Tandis que la « crise des migrants » s’installe dans le paysage politique et urbain de nos villes, leurs tentes s’emparent du moindre mètre carré abandonné pour créer des campements de fortune aux quatre coins de la capitale. Aujourd’hui, la tente Quechua n’est plus synonyme de détente et d’escapade champêtre, mais de misère humaine. Ces tentes qui sont disséminés dans toute la ville, parfois il arrive même de ne plus y faire attention. Elles font parties de l’image de la ville. 

Les Indiscrets est une intervention qui se veut geste social partant du constat de cette crise qui se passe aux pieds de nos maisons. Dans les squares, le long des quais de Seine, dans les chantiers ou sous le métro aérien, tous les espaces sont un à un occupés par des dizaines de tentes vertes qui sont ensuite systématiquement évacuées. Petit à petit, ces camps sont repoussés aux abords de la capitale et s’installent sur les collines du périphérique. L’intervention artistique Les Indiscrets se passe à l’entrée de ces espaces, de ces non-lieux de vie où la ville a choisi de laisser exister ces campements.

Les Indiscrets se sont ces fauteuils fastueux inventés au Second Empire pour permettre de converser à 3 et que chacun puisse se voir. C’est la réunion de 3 sièges pour n’en former plus qu’un. Un Indiscret va être déposé à l’entrée de l’un de ces camps de fortune. Celui-ci est revêtu de vert, de cette toile de tente qui permet aux migrants un semblant de protection.

Pourquoi y apporter ce siège ? Car la parole est l’élément clé pour mettre fin à leur parcours d’errance. Pour demander l’asile en France, il est obligatoire de rédiger un récit de vie, en français.  On peut ainsi lire dans le guide Demander l’asile en Fance édité par le Groupe d’Information et de Soutien des Immigrées les conseils suivants :

« Le récit est la partie la plus importante car une demande d’asile est une demande de protection à partir du récit de votre vie et de vos craintes de persécution. […] Vous n’êtes pas obligés d’apporter des preuves ou des justificatifs des divers points de votre récit d’asile : l’important est que votre récit soit suffisamment précis, cohérent, sans contradiction, pour être crédible et convaincre le fonctionnaire de l’Ofpra . »

Se mêle alors tout un tas d’indiscrétions : Les indiscrétions de l’Officier de Protection, les petites (ou grosses) modifications du traducteur, les récits arrangés pour espérer de meilleures chances d’acceptation, les vendeurs d’histoires,... Ainsi, tout se décide par cette parole qui n’est bien souvent plus exactement la leur.

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© Marion Moskowitz. Tous droits réservés